Les enquêtes suisses

Le procureur de Genève a ouvert une enquête préliminaire sur Fabien Gaglio et son rôle dans la fraude ayant affecté Hottinger & Partners (HPSA) en 2013.  Etant donné que Gaglio a déjà confessé ses crimes aux juges luxembourgeois, qui l’ont jugé coupable d’escroquerie et blanchiment, il y a fort à parier que Gaglio va être poursuivi pour les mêmes faits en Suisse.

De plus, le procureur genevois étudie également le rôle de SA, la gérante de HPSA, ainsi que celui de Jean-François de Clermont-Tonnerre, un des directeurs de HPSA.  Les trois individus sont pour l’instant des « prévenus ».

SA est suspectée d’avoir participer à la falsification de documents, sur instruction de Gaglio.  Elle est également suspectée d’avoir élaboré de faux relevés de compte dans le but de couvrir la fraude de Gaglio et faire croire à ses clients que leurs investissements étaient profitables.  L’intéressée a nié les faits.

Clermont-Tonnerre est quant à lui suspecté d’avoir également falsifié des documents, même si une analyse des preuves publiées en ligne permet d’écarter facilement cette accusation.  L’origine même des accusations contre Clermont-Tonnerre étant Gaglio lui-même.

Gaglio a d’abord accepté l’entière responsabilité de l’arnaque à laquelle il s’est livré au sein d’HPSA, mais dès lors que Clermont-Tonnerre a porté plainte contre lui au Luxembourg pour dédommager les clients lésés, Gaglio a tenté de le trainer dans la boue avec lui.  Les accusations à son encontre formulées par Gaglio ont été écartées par les juges luxembourgeois.  Clermont-Tonnerre apparait en effet parmi les parties civiles dédommagées par Gaglio sur ordre du tribunal.

Gaglio a lancé des accusations similaires contre Clermont-Tonnerre auprès du procureur genevois, et c’est la raison pour laquelle celui-ci est sous enquête.  Dans une audition avec le procureur genevois, Gaglio indique que lorsque les mandats de gestion discretionnaire se sont transformés en mandat de conseil, HPSA a eu besoin de la signature de tous ces clients pour effectuer le changement.  Gaglio précise : J’indique que tous les clients ont vu leur relation contractuelle modifée en mandat de conseil.  Sur certains de ces mandats des signatures falsifiées ont été apposées. (…) Il est probable que cette démarche ait été faite également pour les clients de M. Jean-François de Clermont-Tonnerre. (12 août 2014, p.8)

Quand cette accusation a été relayée à Clermont-Tonnerre par le procureur genevois, celui-ci a tout nié en bloc : « Vous me demandez si, pour donner suite aux recommandations de la banque j’ai falsifié ou fait falsifier la signature de clients sur des mandats de conseil.  Je vous réponds que non. » (3 novembre 2014, p.20)

Gaglio a tout de même persisté dans ses accusations auprès du procureur suisse que Clermont-Tonnerre aurait falsifié des documents pour masquer les pertes de ses clients, et ce malgré que ses explications soient confuses.  Gaglio a d’abord seulement parlé de « rumeurs » à l’encontre de Clermont-Tonnerre.  Gaglio indique :

Vous évoquez mes déclarations devant vous au Luxembourg par lesquelles j’indiquai être certain que des faux avaient été faits par SA pour Jean-François de Clermont-Tonnerre dans le cadre personnel et professionnel.  J’indique être certain d’en avoir entendu parler au bureau.  En revanche je n’ai pas la certitude que cela ait été fait. (13 aout 2015, p.7)

J’indique me souvenir que des ordres de transfert sur lesquels la signature avait été falsifiée avaient été évoqués dans le cadre de la gestion des avoirs de Madame W.  Je confirme avoir vu de faux extraits pour Monsieur L., mais pour d’autres clients également.  J’ai également le souvenir de me trouver aux Etats-Unis avec Jean-François de Clermont-Tonnerre et qu’il ait été en train d’établir des relevés consolidés indiquant des données contraires à la réalité.

Gaglio a aussi tenté de mouiller son ancien partenaire dans la falsification des relevés d’un client nommé Monsieur K.  Gaglio raconte :

Monsieur K. était investi à hauteur de USD 1 million environ dans Madoff.  Alors qu’il avait accepté cette perte, Jean-François de Clermont-Tonnerre est allé lui dire que nous allons le rembourser.  Concrètement, ce remboursement n’a pas été fait mais des états de situation falsifiés ont été montré au client pour lui faire croire que le remboursement avait été effectué. (…) Tant Jean-François de Clermont-Tonnerre que moi-même avons rendu visite à Monsieur K. après l’annonce du remboursement fictif, de sorte que nous avons tous les deux présenté des états de situation falsifiés. (13 août 2014, p.13)

Clermont-Tonnerre a réfuté toutes ses accusations.  Les preuves disponibles montrent que les clients Madame W. et Monsieur L. n’ont pas été volé et ils ont même signé devant un notaire une déclaration confirmant que leurs états de comptes auprès de HPSA étaient corrects. Monsieur K. était un client de Gaglio et une analyse de ses comptes n’a révélé aucune anomalie.

Gaglio n’a apporté aucune preuve matérielle pour soutenir ses accusations contre Clermont-Tonnerre, qui a tout nié sous serment devant le procureur suisse.  Ces accusations ont également été démenties par les clients de Clermont-Tonnerre et d’autres témoins interrogés pendant la procédure suisse.

Par exemple, un ancien employé d’HPSA, a expliqué avoir trafiqué les relevés de compte des clients de Gaglio, en supprimant les pertes subies à cause de Madoff.  Il a indiqué n’avoir pas fait la même chose pour Clermont-Tonnerre.  Pareillement, PR, un autre ancien employé d’HPSA, a indiqué que Gaglio lui demandé de modifié la valeur liquidative de certains investissements sur les relevés de certains clients afin qu’elle apparaisse plus élevé qu’elle ne l’était réellement.  Ramin a indiqué que cette pratique était connue au sein de la boîte mais pas par Clermont-Tonnerre.

Même le propre cousin de Gaglio, Andrea Asti, qui a aussi travaillé chez HPSA, a admis que Gaglio était le seul à demander de modifier les relevés de compte.  Il a expliqué au procureur genevois : Je précise qu’il m’arrivait de devoir ajouter des positions que ne résultaient pas des documents bancaires, respectivement de créer des états de situation pour des clients qui n’avaient pas d’avoirs déposés auprès de ces quatre banques. (…) Dans ce cas, je recevais systématiquement l’information de Fabien Gaglio.  Elle ne transitait jamais par quelqu’un d’autre. (6 novembre 2014, p.6)

La position de Clermont-Tonnerre est aussi soutenue par le fait que c’est lui qui découvre la fraude. Il a alerté Hottinger & Cie, la banque liée à HPSA, ainsi que les clients de HPSA.  Il a également mandaté Deloitte pour auditer l’impact de la fraude et soumettre leurs résultats au bureau du procureur.  Ce ne sont pas là les actions d’un coupable.

Gaglio est quant à lui un condamné qui tente par tous les moyens de faire porter le chapeau à d’autres.  Il en incombe au procureur genevois de déterminer si ses accusations farfelues sont un tant soit peu crédibles.  En attendant, il est important de répéter ce que Diana Benedek, une victime de Gaglio, a dit à Bloomberg : Gaglui a menti chaque jour pendant 15 ans.  Pourquoi devrions-nous le croire maintenant ?.