Analyse de la couverture médiatique

En décembre 2017, Bloomberg BusinessWeek a publié un article de référence sur l’affaire Fabien Gaglio et la fraude à Hottinger & Partners SA.  L’article relate en détail les crimes de Gaglio et leur impact sur ses victimes.  Pourtant, l’analyse des preuves et autres documents disponible auprès du procureur suisse et publiés sur ce site montre qu’une partie de l’analyse faite par les médias est incorrecte.

Glendale

Dans son article, Bloomberg évoque une société contrôlée par Gaglio et domiciliée à Belize du nom de Glendale Portfolio Inc.  Bloomberg écrit :

 « Gaglio contrôlait aussi un réseau de sociétés qui versaient de l’argent à Glendale – des coquilles vides, domiciliées dans des paradis fiscaux comme Chypre ou le Lichtenstein, par lesquelles transitait de l’argent qui devenait à la fin intraçable. »

 « Glendale conservait environ 10 cents sur chaque dollar qui transitait par ses comptes, selon une analyse faite par Andrea Galli (un enquêteur suisse) et remises aux autorités.  Des relevés reçus par Bloomberg Businessweek montrent que l’argent de Glendale et d’autres sociétés contrôlées par Gaglio finissait sur les comptes de l’associé de Gaglio, Jean-François de Clermont Tonnerre, ou sur ceux d’autres personnages dans l’entourage de Reissfelder, des Benedeks, et d’autres clients de Hottinger & Partners. »

La théorie de Bloomberg semble être que Gaglio a blanchi de l’argent via Glendale et via un complexe réseau de sociétés-écrans.  Cela est peut-être vrai.  Cependant, pas tous les virements effectués par Glendale doivent automatiquement être considérés comme suspects.

Les transferts d’argent entre Glendale et Jean-François de Clermont-Tonnerre, l’associé de Gaglio, ont été revus et validés, et les documents bancaires justifiant ces transferts sont entre les mains du procureur suisse.

Une analyse de ces documents démontre que tous les transferts d’argent entre Glendale et Clermont-Tonnerre étaient des remboursements de Gaglio envers ce dernier.  Par exemple, Gaglio régulièrement demandait à son associé de lui faire l’avance pour payer ses cartes de crédit.  Le 29 mai 2006, Clermont-Tonnerre transfert 140,000 dollars pour payer les dépenses accumulées sur la carte American Express de Gaglio, comme en témoigne le relevé bancaire ci-dessous.  Le 21 avril 2006, Clermont-Tonnerre a reçu un remboursement de 141,000 dollars de la part de Glendale.

 

Le 29 août 2006, Clermont-Tonnerre a transféré 20,000 livres sterling à la femme de Gaglio, Fanny, qui vivait en Angleterre à ce moment-là.  Gaglio a remboursé Clermont-Tonnerre de cette avance depuis le compte de Glendale le 13 septembre 2006.

Même si les remboursements de correspondent pas toujours au centime près aux avances faites par Clermont-Tonnerre, le total des transactions entre Clermont-Tonnerre et Glendale correspond.  Clermont-Tonnerre n’a donc pas gagné d’argent sur ces transactions.  Ces transferts étant simplement des remboursements d’avances faites à Gaglio.

En se concentrant seulement sur les transferts effectués par Glendale, sans mentionner que ceux-ci étaient des remboursement, Bloomberg fait un raccourci qui est contredit par les documents aux mains des autorités suisses.

Aucun de ces transferts n’est actuellement sous enquêtes de la part du procureur suisse. 

Cap Sud

Une autre théorie avancée par Bloomberg dans un article de décembre 2017 est que Gaglio et Clermont-Tonnerre auraient investi dans une société qu’ils contrôlaient en secret appelée Cap Sud.  Selon Bloomberg :

 « Gaglio et Clermont-Tonnerre ont injecté de l’argent via un complexe réseau de sociétés qui permettait de garder leur identité secrète (…). Une de ces sociétés était un fournisseur d’énergie solaire appelé Cap Sud SAS, fondée en France par leur épouse respective, leur ami rugbyman Tordo, et un quatrième individu du nom de Stéphane Gilli.  Cap Sud a reçu des prêts totalisant 3 million d’euros de la part d’une société écran détenue par Gaglio et Clermont-Tonnerre

« Entre 2013 et 2015, des filiales de Cap Sud ont reçu 19 million d’euro en capital supplémentaire, selon certains documents.  Ceux-ci n’indiquent pas la provenance des fonds. »

Les documents de preuve fourni au procureur suisse indiquent que Clermont-Tonnerre et Gaglio ont établi ensemble deux sociétés au Luxembourg : Assurinvest et Prima Private Equity.  Leurs clients chez HPSA ont ainsi pu ainsi acheter des obligations de chacune de ces deux sociétés et recevait en retour des intérêts.  Ces sociétés étaient gérées par des administrateurs indépendants et ni Gaglio ni Clermont-Tonnerre n’avaient de rôle administratif, de management ou financier.

L’investissement principal fait par Assurinvest et Prima Private Equity était dans Cap Sud, un fabriquant de panneaux solaires en France.  Gaglio avait eu vent de Cap Sud par son ami rugbyman Tordo et a convaincu Clermont-Tonnerre de le suivre dans cet investissement.  Les subventions généreuses accordées par le gouvernement français aux acteurs des énergies renouvelables ont fini de convaincre Gaglio, Clermont-Tonnerre, et leur épouse respective que c’était un bon investissement.  Ces dernières ont investi 150,000 euro de leur propre argent dans Cap Sud.

En utilisant des termes tels que « réseau complexe », « garder leur identité secrète » et « sociétés-écrans », Bloomberg semble insinuer que les clients de HPSA ont investi dans Cap Sud à leur insu, ce qui n’était pas le cas.  Les preuves ne semblent pas confirmer cette version.  Cap Sud était un investissement légitime et aucun des clients de HPSA n’ont perdu de l’argent dans cet investissement.

Au contraire, certains ont réalisé une plus-value lorsque le scandale de la fraude a été révélé car Clermont-Tonnerre a racheté les parts de certains clients qui voulaient sortir de Cap Sud.

Un seul client, Tilman Reissfelder, a en effet perdu de l’argent, simplement car Gaglio l’a volé et non parce que Cap Sud était un mauvais investissement.  Gaglio avait investi 600,000 euros pour le compte de Reissfelder dans Prima Private Equity ; argent qui devait être investi dans Cap Sud.  Au lieu de cela, Gaglio a utilisé l’argent à son profit, pour payer les frais de scolarité de ses enfants, le loyer de sa villa et ses vacances.

Dans un témoignage au procureur Suisse au début de l’année 2018, Clermont-Tonnerre a indiqué qu’il avait proposé de rembourser les 600,000 euros perdus par Reissfelder mais que ce dernier avait décliné l’offre.

Cap Sud a été utilisé par Gaglio pour arnaquer Reissfelder mais il n’y a aucune preuve dans les documents remis au procureur suisse que HPSA ou les sociétés luxembourgeoises associées à Clermont-Tonnerre aient fait quoique ce soit de répréhensible.  Les clients n’ont pas perdu d’argent sur cet investissement.

Le dernier paragraphe dans l’article de Bloomberg sur l’histoire Cap Sud indique que la société a reçu 19 million d’euros de financement supplémentaire, laissant planer le doute que cet argent provenant de client de HPSA.  Cette information est également erronée car cet argent provenait de sociétés dénommées Batistol 1 et Batistol 2, qui n’ont rien à voir avec HPSA.