Portrait de Fabien Gaglio

Dans une scène digne d’un film hollywoodien, le flamboyant gestionnaire de fortune Fabien Gaglio s’est rendu à la police française à Paris en janvier 2013 et déballa tous les mensonges auxquels il s’était adonné pendant 10 ans à Hottinger & Partners SA (HPSA) pour mener à bien son arnaque.

Après avoir donné aux policiers tout ce qu’il avait sur lui – soit 500 euros en espèces – Gaglio a effectué sa déposition et a pu ressortir du commissariat libre.  Ce n’est que trois ans après que Gaglio fut finalement condamné par un tribunal luxembourgeois pour fraude et blanchiment d’argent.  Les autorités judiciaires suisses n’ont pas encore formellement instruit le procès de Gaglio.

Un article publié dans Bloomberg BusinessWeek suggère que Gaglio a décidé de se rendre à la police française car la France n’a pas pour habitude d’extrader ses ressortissants pour que Gaglio n’ai pas, par exemple, à être poursuivi aux Etats-Unis, où les peine pour les crimes en col blanc sont autrement plus sévères.  Cela a son importance car, selon Bloomberg, Gaglio aurait mis en place un système de blanchiment d’argent à très grande échelle : « il aurait aidé des entrepreneurs, politiciens et criminel à blanchir près de 300 million de dollars à travers des entités offshore. »

Bien qu’il y ait peu de preuve publique pour étayer sa théorie, l’article apporte un nouveau regard sur la personnalité de Gaglio.

Les apparences sont trompeuses

Pendant des années Gaglio a trompé ses clients avec son bagout, ses dépenses somptuaires et sa générosité sans limite.  Si ses clients ont été aveuglés par cette version scintillante de Gaglio, les employés d’HPSA, ses collègues, donnent quant à eux une toute autre version.

SA la gérante de HPSA en charge de tâches comptables et administratives, décrit Gaglio comme un tyran.  Dans une audition au procureur genevois donnée le 5 novembre 2014, SA détaille la personnalité abusive de Gaglio :

J’aimerai m’exprimer sur l’environnement créé par Gaglio au sein de la société.  Nous faisions face à une très grande surcharge de travail.  Nous étions comme des robots.  Nous travaillons à une cadence effrénée, 15 à 17 heures par jour.  Personnellement, je ne prenais pas de pause déjeuner ou lorsque j’an prenais une, il me contactait par téléphone.  C’était ainsi sept jours sur sept.  Je ne prenais que rarement des vacances et lorsque j’étais en vacances, c’était en réalité mon lieu de travail qui changeait.  (…)  Notre libre arbitre était mort.  (…) Gaglio était très pointilleux, il pouvait être un patron impitoyable au point que nous nous sentions déjà coupables au moment de produire la pièce suivante (pièce falsifiée, i.e.)  parce que nous savions que nous n’avions pas la capacité pour la produire.  (…) Nous comprenions clairement du discours de Gaglio que nous n’avions le droit de parler de tout cela à personne.  Nous comprenons aujourd’hui pourquoi.  (5 novembre 2014, P.18/19)

Sur la base de ce témoignage et d’autres témoignages d’autres employé, Gaglio semble n’être rien d’autre qu’un tyran narcissique.  Les spécialistes décrivent ce genre d’individus comme sachant exploiter la faiblesse des autres, tirant avantage de ceux qui peuvent l’aider à arriver à ses fins.  Ils ont également un égo surdimensionné et un sentiment de toute-puissance qui les pousse à attendre une obéissance parfaite de la part des autres.  Gaglio a déclaré au procureur suisse que dans la plupart des cas, il avait donné l’instruction à SA d’imiter les signatures sur des transfert bancaires ou des contrats de prêt et que celle-ci s’exécutait grâce à une « profonde admiration » qu’elle aurait eu pour lui (audition du 5 novembre 2014).

Dans une autre audition avec le procureur suisse, Gaglio a réagi à la description faite de lui par SA, le traitant de tyran : « Je pouvais être dur, autoritaire et directif.  Je vous réponds qu’il m’est certainement arrivé parfois d’être autoritaire ou direct, mais je n’ai jamais été le tyran que SA semble décrire. » (13 août 2014, p.3)

Où est passé tout l’argent volé ?

Gaglio jure d’avoir tout perdu et s’être rendu à la police française car il n’avait plus rien.  En conséquence, le tribunal luxembourgeois ne lui a infligé qu’une amende minime de 150,000 euros.  Il est pourtant légitime de s’interroger si Gaglio est aussi fauché qu’il le prétend.  Par exemple, où diable est passé sa légendaire collection d’art, avec des pièces signées Andy Warhol tout de même ?

Selon Bloomberg, la collection de Gaglio aurait pu être vendue aux enchères pour compenser ses victimes, mais les tableaux ont apparemment été volés dans sa propriété du sud de la France en 2013, quelques jours avant ses confessions à la police.  Pratique.

Gaglio raconta qu’il s’était fait abordé par un inconnu dans un restaurant à Nice qui l’aurait menacé et force à révéler l’endroit où il entreposait les tableaux, qui ont été volés le même jour.  Selon les juges luxembourgeois : « Les explications de Gaglio concernant la disparition de sa collection d’art, sans preuve, ne sont pas crédibles. »  Or, il n’y a pas eu d’enquêtes plus poussées sur cette soi-disant disparition.

Les clients et collègues de Gaglio étaient persuadés qu’il avait énormément d’argent.  Jean-François de Clermont-Tonnerre, le co-fondateur de HPSA, a déclaré lors d’une audition que Gaglio lui avait confié avoir une fortune de près de 15 million d’euros la première fois qu’ils se sont rencontrés.  Bloomberg indique dans son article que Gaglio vie à présent dans une villa sur la Côte d’Azur au loyer de 10,000 euros par mois.  Pas mal pour un type fauché.