Cas d’espèce

Tilman Reissfelder

Tilman Reissfelder, un jeune entrepreneur allemand dans le secteur des nouvelles technologies, était l’une des victimes préférées de Gaglio.  Sur une période de trois ans, Gaglio é dérobé à Reissfelder plus de 7 million d’euros dans une série d’arnaques incroyables.

Gaglio s’est régulièrement servi sur les comptes de Reissfelder lorsqu’il avait besoin de rembourser un autre client ou pour financer son train de vie dispendieux.  Un article publié dans le magazine Brand Eins, qui donne à Reissfelder le pseudonyme de Michael Kleeman, donne des détails croustillants de ces arnaques.

Un premier exemple indique comment Gaglio s’est arrangé pour transférer 1 million de dollars d’un des comptes de Reissfelder à une société domiciliée à Hong Kong, visiblement pour financer la construction d’un abris anti-nucléaire.  Mais il n’y a jamais eu d’abris anti-nucléaire et l’argent a été transféré à une société domiciliée aux Iles Vierges Britanniques.  Le million de dollars a ensuite été transféré à plusieurs entités dans diverses juridictions avant d’atterrir sur le compte bancaire d’une maroquinerie italienne, dont l’un des actionnaires était un membre de la famille de Gaglio, selon Brand Eins.

Gaglio a également transféré 2.2 million d’euros d’un compte de Reissfelder à un autre client, potentiellement pour combler des pertes due à de mauvais investissements.  Le client qui en a bénéficié est Giorgio Moroder, un compositeur qui a reçu trois Academy Awards, dont un pour la musique de Top Gun, Take My Breath Away.  Moroder a jusqu’à présent refusé de rendre l’argent et a rejoint la cohorte de clients ayant déposé plainte contre Gaglio pour fraude.

Le culot de Gaglio est allé jusqu’à dérober 120,579 euros d’une société détenue par Reissfelder, appelée Boavista International, pour financer l’installation d’une sculpture en Nouvelle-Zélande pour célébrer la coupe du monde de rugby en 2011.  Reissfelder n’avait aucune idée que son argent a permis de payer cette statue de 3.6 mètre de haut, qui a été inauguré lors d’une cérémonie officielle à Wellington.

La statue était en fait une donation d’une association appelée « The Rugby Lovers », qui a généreusement payé pour le voyage et l’hébergement de Gaglio et de ses amis en Nouvelle-Zélande pendant le tournoi.  « The Rugby Lovers » a donc réglé l’addition des billets d’avion, de l’hôtel, de dîners pour 45 personnes, et autres sorties.  Mais ce n’était pas vraiment l’association qui réglait la note, c’étaient les clients de Gaglio.   Au total « The Rugby Lovers » s’est servi de plus de 1.5 million d’euros pris sur les comptes des clients de Gaglio, y compris celui de Reissfelder.

Gaglio s’est lui aussi servi directement sur les comptes de ses clients.  Selon un entretien avec le procureur suisse, Gaglio a reconnu avoir transféré frauduleusement 350,000 euros d’un compte de Reissfelder à celui d’une société dénommée Carlyle Holdings à Hong Kong.  Gaglio raconte :

Vous me demandez s’il s’agit véritables opérations.  Je vous réponds que non.  Il s’agit d’opérations illégitimes. (…) Vous me demandez qui est l’ayant-droit économique (de cette société).  Je vous réponds ne pas m’en souvenir. Il est possible que j’en ai été l’ayant-droit économique.  (Entretien du 5 avril 2016, p.9)

Gaglio était censé utilisé l’argent de Reissfelder pour investir dans une société française dénommée Cap Sud (voir section Media), mais a plutôt utilisé l’argent pour payer pour les frais de scolarité de ses enfants, le loyer de sa villa et s’est aussi payé des vacances.

Quand Reissfelder remet ses preuves au procureur suisse, il explique n’avoir jamais effectué le moindre retrait d’argent liquide depuis son compte à la banque Hottinger & Cie et qu’il n’en a jamais autorisé aucun.  Malgré cela, de multiples retraits d’argent liquide ont été effectué depuis ce compte sur plusieurs années.  Gaglio utilisait le compte de Reissfelder comme son compte personnel.

 

Benedeks

Les ingénieurs canadien Diana and Andrew Benedek ont vendu leur société pour un montant de 656 million de dollars.  Peu après cette vente, le couple a été présenté à un gestionnaire de fortune charismatique et avec du bagout, Fabien Gaglio.  C’était en 2007 et au cours des cinq années qui ont suivies, Gaglio leur a volé plusieurs millions.

Dans son jugement, le tribunal du Luxembourg, donne des indications très précises de comment Gaglio a orchestré son arnaque.  En mars 2011, Gaglio a transféré 2 million d’euro d’un compte détenu par une société des Benedeks à celui d’une société dénommée Pilsander, immatriculée à Belize.  L’argent a ensuite été transféré à une société du nom de Sigma Private Equity, au Luxembourg, qui a ensuite acheté des actions dans la société française d’évènementiel Eventteam.

Les documents autorisant le transfert portent bien la signature d’Andrew Benedek et Gaglio assure que cet investissement a été fait pour le compte des époux Benedeks.  Ces derniers ont démenti avoir autorisé une telle transaction et le tribunal du Luxembourg a ainsi conclu que la signature avait été falsifiée.

 

Il a également été révélé au cours des audiences au Luxembourg que Gaglio détenait en fait Sigma Private Equity via une société domiciliée au Luxembourg.  Gaglio avait donc frauduleusement transféré l’argent de ses clients à une société qu’il détenait pour ensuite acheter les actions Eventteam, dont le bon ami de Gaglio Jeff Tordo était actionnaire.  Le jugement indique :

Le prévenu admet avoir caché au client l’existence de l’investissement notamment en établissant de faux récapitulatifs des avoirs sous gestion.  Il a donc fait croire au client que l’argent était place conformément à leur accord, alors que tel n’était pas le cas.  Le Tribunal n’accorde d’ailleurs aucun crédit aux déclarations de Fabien Gaglio selon lesquelles il aurait cru que l’investissement allait bénéficier aux époux Benedek.  Il ne pouvait pas en effet ignorer sa qualité de bénéficiaire économique de la société Sigma Private Equity SA et savait qu’il n’avait entrepris aucune démarche pour intégrer (les Benedeks) dans cette structure.  Le prévenu a par conséquent agi dans l’intention frauduleuse de détourner l’argent à son profit. (Jugement Luxembourg, 14 juillet 2016, p.28)

Une autre fois, Gaglio a obtenu un prêt de 5 million de dollars de la part de la Banque du Luxembourg pour une société appartenant aux époux Benedek.  Le prêt était garanti par certains des actifs du couple détenus au Canada.  Les documents du prêt portent la signature d’Andrew Benedek mais Gaglio a admis l’avoir falsifiée.  Il raconte à la Cour :

Oui, tout est faux.  Le client n’avait pas l’intention de faire faire ce virement et les signatures des époux Benedek ont été imitées par Mme SA ou quelqu’un d’autre sur mon instruction. Jugement Luxembourg, 14 Juillet 2016, p.30)

Une fois le prêt accordé, Gaglio a transféré les 5 million d’euros à une société domiciliée à Hong oKng du nom de Great Silk Way Economic Trade Ltd.  L’argent disparait ensuite.  Gaglio a affirmé qu’une partie de l’argent a servi à rembourser un autre de ses clients, Alfonso Ziribotti, mais il a toujours refusé de dévoiler où était passé le reste de l’argent ou qui était le bénéficiaire de Great Silk Way.