Hottinger & Partners Fraud

La vérité sur la fraude HPSA

Fabien Gaglio a longtemps vécu comme un jet-setter, frayant avec les célébrités tout en investissant l’argent de ses clients dans des fonds réputés rentables.  Rapidement le pot-aux-roses fut découvert : Gaglio était en fait la version française de Bernard Madoff.

Il a utilisé l’argent d’investisseurs innocents pour combler les pertes subies lors d’investissements précédents malheureux et financer son train de vie dispendieux.  Parmi ses victimes, il y a un musicien récompensé aux Oscars, un entrepreneur du high-tech et de riches investisseurs du monde entier.

Gaglio a reconnu sa culpabilité à la police française ainsi que devant un tribunal luxembourgeois, mais bientôt 5 ans ont passé depuis et il n’a toujours pas été poursuivi en Suisse, où la majorité de la fraude a été commise.

Les autorités suisses ont rassemblé une quantité pharamineuse d’information mais ne s’en sont pas encore servi.  Nous décidons donc de publier des centaines de documents afin que chacun puisse comprendre comment Gaglio a organisé cette fraude et comment il a pu le faire pendant tant d’années.

Après avoir travaillé à Londres, Gaglio a rejoint le fond d’investissement suisse Hottinger & Partners en 2005, qu’il a dirigé avec son partenaire Jean-François de Clermont Tonnerre. HPSA était affilié à Hottinger & Cie, la banque privée suisse fondée au 18ème siècle.

Après des années de détournement, Gaglio a été démasqué par Clermont-Tonnerre en janvier 2013.

Fabien Gaglio, arnaqueur professionnel

Né en 1973, Fabien Nicolas Gaglio a grandi sur la Côte d’Azur. Après avoir étudié le droit à l’université, il déménage à Londres et et entame une carrière dans la finance.

Ses mensonges ont commencé tôt dans sa carrière, en falsifiant son CV pour être embauché à Merrill Lynch.  Malgré une condamnation pour ce mensonge, il a quand même obtenu un poste un an plus tard chez Rothschild.

Gaglio a commencé à détourner l’argent de ses clients bien avant de rejoindre Hottinger & Partners.  Dans une audition au procureur suisse, Gaglio a admis : Vous me demandez si les personnes qui viennent d’être mentionnée (des clients qui ont suivi Gaglio chez HPSA) ont déjà été victimes de pertes non-assumées, respectivement des détournements, lorsque leurs avoirs étaient gérés auprès des structures londoniennes.  Je vous réponds que oui.  Vous me demandez si d’autres personnes dont j’avais la gestion des avoirs avant HPSA ont été concernées par ces pertes et détournements (…).  Je vous réponds, de mémoire, que c’est le cas pour trois clients (nommément cités). » (audition du 12 août 2014, p.4)

Selon un article publié par Bloomberg, Gaglio s’est présenté à un commissariat parisien à 9h du matin le 23 janvier 2013 et a tout balancé concernant la fraude de 100 million de dollars qu’il aurait organisé.  Il a raconté aux policiers qu’il « prenait de l’argent à un client pour en rembourser un autre » et avait pour ce faire falsifier des relevés de comptes et des signatures pendant des années.

Gaglio menait un train de vie très dispendieux, aux dépends et à l’insu de ses clients, dépensant des sommes folles en vacances, voyages en jet privé ou tableaux d’Andy Warhol ou Keith Haring.

Après des années de mensonges sans se faire prendre, Gaglio a finalement été démasqué par une erreur sur un relevé bancaire.  Un de ses clients avait envoyé un relevé bancaire à la gérante de HPSA, SA en demandant des explications concernant un investissement spécifique.  Mais les chiffres étaient complètement différents de ceux qui apparaissaient sur le relevé provenant de la Banque de Luxembourg.  De ce fait, SA a soumis ces documents à Clermont-Tonnerre.

Dans son audition auprès du tribunal luxembourgeois, Clermont-Tonnerre a dit : « Mme Adam en avait parlé quelques minutes auparavant avec M. Gaglio et elle lui avait demandé de me parler de ce problème.  I a dit à Mme Adam de ne pas m’en parler et qu’il allait tout arranger.  Mme Adam m’a fait venir et a appelé M. Gaglio devant moi en expliquant ce qu’elle avait découvert. » (14 juillet 2016, p.7)

Une fois la fraude découverte, Clermont-Tonnerre a eu la lourde tâche « d’annoncer la nouvelle aux clients de HPSA », comme le rapport Bloomberg.  Il a aussi mandaté Deloitte pour auditer les comptes de HPSA et déterminer l’étendue de la fraude et des pertes.

Deloitte : la fraude s’élève à 35 millions de dollars

L’objectif de Deloitte était d’identifier les mouvements suspects sur les comptes de HPSA et déterminer si ceux si avaient été autorisés par des documents frauduleux. Les comptables de Deloitte ont ainsi analysé les comptes de 10 clients gérés par Gaglio.
Deloitte a rendu son rapport le 15 mars 2013 à Clermont-Tonnerre ainsi qu’au Procureur du canton de Genève.
Deloitte a analyse et produit 260 pages de documents bancaires, actes de prêt et emails en guise de preuve, ainsi que 822 pages de documents diverses et variés. Deloitte a estimé que la totalité des pertes imputées à Gaglio était de l’ordre de 54 million de dollars. De cette somme, Deloitte estime qu’environ 18 million de dollars de transactions aurait pu être autorisé par les clients et seraient donc des transactions non-frauduleuses susceptible d’être recouvrées.
Ainsi, Deloitte estime que le montant final des pertes imputées à la fraude perpétrée par Gaglio se monte à 35 million de dollars.
Pourtant, Gaglio détournait également l’argent de clients gérés en dehors de la structure de HPSA et ce bien avant qu’il rejoigne HPSA. Il a ainsi été évoqué que le total des fonds détournés par Gaglio pourrait s’élever à 100 millions de dollars.

En conséquence de cette fraude, Gaglio jure que tout l’argent qu’il a détourné a disparu et qu’il ne lui reste plus rien.  Clermont-Tonnerre a été capable de recouvrer un certain montant pour les clients lésés de Gaglio mais des millions manquent encore pour combler le trou de la fraude.

Les autorités judiciaires luxembourgeoises ont été les premières à réagir et à poursuivre Gaglio, qui a été condamné à 5 ans de prison ; une peine qui fut réduite en appel.  Des plaintes civiles et pénales ont été déposées contre Gaglio en Suisse et les enquêtes sont toujours en cours.

Luxembourg Prison Sentence

Le tribunal luxembourgeois a condamné Gaglio à une peine de prison de 5 ans ainsi qu’à une amende de 150,000 euros pour s’être rendu coupable de faux et usage de faux, fraude, détournement et blanchiment d’argent. Dans son jugement rendu le 14 juillet 2016, le tribunal admet que Gaglio a détourner presque 7.5 million d’euros des comptes de HTCG SA, la société de gestion de fortune détenue par Gaglio et Jean-François de Clermont-Tonnerre.

Dans son jugement, le tribunal reconnait Fabien Gaglio :

Comme auteur ayant lui-même exécuté les infractions de faux et d’usage de faux dans la période de février 2011 à février 2013, dans l’arrondissement judiciaire de Luxembourg, dans une intention frauduleuse d’avoir commis un faux en écritures de banque par fausses signatures, par fabrication de conventions et de disposition, et par altération de clauses (…). En l’espèce, dans le but de profiter indûment de fonds ne lui revenant pas (…) (14 juillet 2016, p.43)

Pendant le procès, Gaglio assura qu’il n’avait plus le moindre argent ; d’où la faible amende de 150,000 euros. Mais le tribunal a aussi condamné Gaglio a payé des dommages et intérêts de 420,000 euros aux parties civiles, dont Clermont-Tonnerre.
Après avoir été emprisonné pendant un an, Gaglio a été remis en liberté conditionnelle. Il est donc fort possible que Gaglio ne remette pas les pieds en prison au Luxembourg. Bloomberg a relevé la clémence de cette condamnation, en la comparant aux 150 ans de prison dont a écopé Bernard Madoff, ou aux 110 ans de prison pour Allen Stanford.

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